Texte Fondateur de l’Accord de Dakar

Fondamentalement singulière par rapport aux standards existants, l’approche dite « Accord de Dakar » inscrit un principe dans les paradigmes futurs des Instances Internationales et, contextuellement, restaure une logique dans le processus de démocratisation des nations d’Afrique Subsaharienne.

Un positionnement ferme dans la future architecture de l’Ordre International

Les bouleversements de l’ordre international et la défiance à l’égard des principes organisationnels du monde, laissent penser que des structures et idéaux nouveaux émergeront. Pour les nations africaines, l’idée est de ne plus subir des modèles les condamnant à un suivisme systématique, voire les pénalisant (guerre en Libye, Traités iniques, etc.). Précisément, en ce qui concerne l’émancipation des peuples, cette initiative illustre une voie possible d’alternance politique jamais explorée et, pourtant, légitime ; c’est une voie autre que, d’abord, l’ingérence étrangère sous diverses formes (Françafrique, mandat du Conseil de Sécurité-guerre en Libye, etc.) et, ensuite, par des révolutions armées, généralement chaotiques, aux issues incertaines (le pire peut en chasser un autre, etc.). La logique pour une alternance proposée ici ne dévoie absolument pas le principe démocratique, au contraire ! C’est le maillon manquant dans la trajectoire de démocratisation de nombreuses nations depuis leurs indépendances.

Restauration d’une logique méprisée par les anciennes puissances coloniales

Un groupe d’acteurs majeurs est mis au centre de l’Accord de Dakar. Ce sont les représentants des anciens royaumes des terres camerounaises, les chefs de tribus. Dans le processus de construction des nations et de leurs systèmes de gouvernances, les anciennes puissances coloniales ont littéralement méprisé les effets pervers du simple découpage de l’Afrique. La recomposition derrière ce découpage instaure une juxtaposition de groupes ethniques, souvent consécutive à un démembrement de royaumes anciens. C’est l’émergence des nouvelles nations. Or, entre ces groupes ethniques, il n’y a pas forcément d’histoires communes ; l’avenir ne se conçoit pas de la même façon ni avec les mêmes leviers ; il n’y a pas de liens historiques, par exemple, matérialisés par des accords politiques et culturellement interpénétrants ; etc. Bref, la cohésion et les liants font généralement défaut. Ces nouvelles nations, logiquement qualifiées d’artificielles, ne représentent souvent qu’une juxtaposition de groupes ethniques prêts, par défaut, à se haïr, voire à se déchirer au moindre prétexte. En substance, c’est cette configuration qui, par défaut, explique le tribalisme dont l’exacerbation varie en fonction des contextes politiques à l’échelle nationale.

À l’échelle de la nation, les puissances coloniales ont radicalement écarté l’implication des identités des structures et des dynamiques politiques intrinsèques aux groupes ethniques locaux. Et pourtant, l’implication de ces identités aurait généré des frictions positives débouchant sur des compromis et, in fine, sur un ou plusieurs contrats sociaux entre ethnies. Ces contrats ont vocation à définir et à générer, implicitement, des dynamiques et des intérêts communs à tous les groupes ethniques ; ils créent des interpénétrations culturelles, symboliques et structurelles entre ces groupes ; ils leur permettent de se projeter dans le futur d’une voix commune et avec des leviers communs. La valeur ajoutée issue de ces contrats doit être appropriée et revendiquée par tous ; etc. Ceci n’annihile pas le    particularisme culturel, mais brise les frontières ethniques et promeut de manière tangible leur diffusion dans tout espace du territoire national. Bref, ces contrats sociaux ont vocation à apporter des substrats et de la consistance au concept de nation afin de le sortir de son caractère artificiel. Ceci est aussi l’idée derrière l’invitation des chefs de tribus à l’accord de Dakar. Par ailleurs, dans la pratique, l’implication de ces chefs de tribu dans cette voie spécifique vers l’alternance est juste et légitime : elle ne viole pas le principe démocratique. Au contraire, c’est une facette de la démocratie. En effet, rappelons que de par la simple juxtaposition des groupes ethniques, sans un contrat social à l’échelle de la nation l’infirmant, l’identification et l’attachement des populations à leurs ethnies respectives sont supérieurs à ceux de la nation. Par ricochet, ces populations s’identifient et s’attachent plus à leurs villages qu’à leurs pays. Ceci veut exactement dire que ces anciens royaumes sont des entités politiques, qui ont conservé un contrat social puissant avec leurs populations respectives. À l’inverse, la valeur d’un contrat social entre l’ensemble des populations camerounaises et la nation camerounaise est, comparativement, très faible. Dès lors, les liens historiques nés de ces contrats sociaux sont largement supérieurs avec ces anciens royaumes qu’avec la nation. La qualité de ces liens traduit effectivement des niveaux très élevés d’attachement et de confiance accordés à ces anciens royaumes par leurs populations respectives. Dès lors, les voix des chefs de village représentent, de manière crédible et légitime, celles de ces populations. Ceci justifie la nécessité de leur participation à l’Accord de Dakar.

Posted in

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Cameroun Souverain

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture